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Premier prix du concours de nouvelles des Appaméennes
du livre 2011
V RAIMENT MÉMORABLE,
cet anniversaire. Pourtant rien a priori ne semblait devoir le distinguer
des précédents qui n'avaient jamais bousculé le quotidien.
Quand ils n'avaient pas été tout simplement oubliés.
Il faut dire que Julien avait tout fait pour
couper les ponts avec son passé en se réfugiant dans ce
hameau abandonné juché sur une crête des montagnes
de son Auvergne natale. Abandonné par sa femme qui avait trouvé
ailleurs des bras plus accueillants, conscient de son incapacité
à s'investir dans autre chose que l'accomplissement de son indépendance,
las de parcourir les routes du département pour essayer de fourguer
à des commerçants rétifs des articles de quincaillerie
qui ne l'inspiraient guère dans ses boniments, il s'était
senti égaré dans une vie qu'il n'avait pas choisie. Il fallait
en finir. Radicalement. Il y avait en lui trop d'énergie vitale
pour que l'effleurât l'idée du suicide. Au contraire, il
aspirait à renaître. Et pour cela il avait avant tout besoin
de solitude.
Tout fut réglé en quelques jours. Il envoya une lettre
de démission à son patron, confia la vente de sa maison
à une agence immobilière, vida ses comptes en banque, bazarda
sa voiture, résilia tous les contrats (eau, électricité,
téléphone, assurance, télé, abonnement au
quotidien régional, etc.). Partir, oui, mais pas en irresponsable,
pas sans avoir au préalable tout fait pour que son départ
ne soit pas perçu comme une désertion (chose étonnante
chez quelqu'un qui aurait pu passer pour un fugitif, il tenait à
laisser en lui et derrière lui l'image de quelqu'un de bien). Il
entassa dans une grande valise et un sac à dos le minimum indispensable,
emplit un carton d'outils (ciseaux à bois, rabot, marteau, scie,
hache, perceuse à pile, etc.). Ni souvenirs, ni photos. Table rase.
Seul lien avec le monde : son téléphone mobile dont
il prit soin de faire changer le numéro. Et Paul, son ami de toujours,
qui lui proposa de le conduire avec son 4x4 jusqu'à la maison qu'il
possédait là-haut dans la montagne, la seule encore habitable
dans ce hameau déserté. « Je te préviens,
tu auras de l'eau de source, un poêle et du bois pour te chauffer,
un lit presque aussi ancien que la maison, une table et quelques chaises
encore debout par miracle, des ustensiles de cuisine d'un autre temps,
mais pas d'électricité ».
Il accepta que Paul l'aidât à s'installer dans ce qui serait
désormais sa demeure. Il leur fallut une bonne demi-journée
pour remettre un peu d'ordre et un minimum de propreté, se désengluer
du réseau serré des toiles d'araignées, faire renaître
les veines du plancher endormi sous une couche uniforme de poussière
parsemée d'excréments d'oiseaux qui avaient élu domicile
entre les poutres du plafond. Ils ne se laissèrent pas déloger
sans pousser de hauts cris. Une tribu de mulots surpris dans la cave décampa
en couinant, avec sans doute l'intention de revenir à la première
occasion.
Quand ils en eurent terminé avec le nettoyage, les deux amis se
mirent à table, entamant les provisions achetées le matin-même
dans une grande surface au sortir de la ville. Ils trinquèrent
à la nouvelle vie de « l'ermite des montagnes ».
Au moment de partir, Paul serra longuement la main de son ami, guettant
dans ses yeux ne serait-ce que l'ombre d'un désarroi passager.
Il n'y lut que de la sérénité. C'est donc l'esprit
tranquille qu'il s'installa au volant de sa voiture pour s'engager sur
le mauvais chemin conduisant au village. Saurait-il un jour, de la bouche
de Julien ou d'un autre, que son ami, apparemment si sûr de lui,
allait connaître un instant de vraie panique en voyant l'auto disparaître
au détour du chemin. Cette solitude si ardemment désirée,
elle était là, sa seule compagne désormais. Qu'allait-il
en faire ?... Saurait-il s'en accommoder ?...
Heureusement, ce que Julien ressentit aussitôt comme une manifestation
de faiblesse fut de courte durée. Il réagit comme il l'avait
toujours fait : en passant à l'action. Il restait tant à
faire pour rendre habitable (et, qui sait, agréable) cette maison
qui ne demandait peut-être qu'à retrouver son ancienne apparence.
A en juger par ses dimensions, la qualité de ses murs de basalte
noir, nul doute qu'elle avait hébergé une famille de paysans
aisés. Sans le réaliser pleinement, Julien venait de se
donner une mission qui occuperait dorénavant toutes ses journées
: redonner à cette demeure sa splendeur passée et ainsi
remercier son ami qui l'avait si généreusement mise à
sa disposition.
Il s'y employa jour après jour, ce qui l'obligea à rompre
son isolement pour aller au village prendre livraison du matériel
et des matériaux commandés par téléphone.
Pour cela il dut s'acheter un petit 4x4 d'occasion. Quand il descendait
se ravitailler (ou faire recharger la batterie de son portable chez l'épicier
qui le lui avait proposé, spontanément ou peut-être
pour le fidéliser comme client) son sac à dos lui suffisait.
Son temps libre il le passait à ramasser du bois mort, débroussailler
puis labourer le potager depuis longtemps envahi d'herbes folles et de
ronces, aller chercher de l'eau à la source, effectuer de longues
randonnées en montagne ou, l'hiver venu, parcourir à ski
les crêtes enneigées. Sans oublier la lecture de journaux,
revues et même romans qu'il se procurait à l'épicerie-bazar
où son statut d'original lui valait une certaine considération
et même du prestige. Il s'y livrait assis sur le rocher plat, sous
le frêne, devant le panorama de la vallée s'étirant
vers le sud. Il ne négligeait pas non plus le plaisir de se mitonner
de bons petits plats cuits en plein air sur le foyer en pierre qu'il avait
construit devant l'entrée contre la murette du jardin ou, par temps
froid, dans la cheminée qui avait retrouvé ses anciennes
fonctions (chauffage et cuisine). Il lui manquait néanmoins l'essentiel,
la fonction sociale : réunir devant l'âtre la communauté
villageoise pour de longues veillées d'hiver. Julien, parfois,
en ressentait la nostalgie. Mais accepterait-il un jour de rompre sa solitude ?...
A Paul qui l'appelait régulièrement
pour prendre de ses nouvelles il cachait son projet de restauration de
la maison. Il se contentait de mentionner des activités de « bricolage »
et se montrait intarissable au sujet de ses nombreux loisirs. Non, affirmait-il,
il n'avait nul besoin qu'on lui rendît visite. Il allait même
jusqu'à l'interdire. Il n'avait pas le temps de s'ennuyer. Jamais
sa vie n'avait été aussi pleine. Néanmoins, sans
savoir exactement pourquoi, Paul ne pouvait s'empêcher de penser
que le ton convaincu de son ami sonnait un peu faux et qu'en fait il avait
encore besoin d'aide. Débarquer là-haut à l'improviste
n'était certainement pas une bonne idée. Il fallait respecter
les volontés de Julien et laisser le temps faire son œuvre.
Des mois, des armées passèrent. Les travaux de rénovation
de la maison étaient terminés. Même l'installation
électrique avait été effectuée en prévision
d'un éventuel branchement selon le désir du propriétaire.
Les journées semblaient maintenant plus longues et la solitude
une compagne bien monotone, trop longtemps fréquentée. La
lecture, les promenades, le jardinage, gardaient certes tout leur attrait
mais – situation nouvelle – laissaient place à du désœuvrement.
Un jour d'été, Julien se surprit à consulter le calendrier,
ce qu'il ne faisait pratiquement jamais auparavant. Il réalisa
qu'il allait avoir cinquante ans le lendemain même. Il en fut un
peu ébranlé. Au point d'en perdre en partie le sommeil la
nuit suivante. A son réveil il alla s'installer sur le rocher plat
et s'absorba dans la contemplation d'un paysage connu, certes, mais sublimé
ce matin-là par les couleurs irréelles des montagnes léchées
par les rayons obliques d'un soleil radieux.
– Magnifique, n'est-ce pas ! ça vous donnerait
presque envie de prendre le pinceau et de fixer tout ça sur une
toile.
Surpris, irrité presque d'avoir été tiré de
sa rêverie, Julien se retourna. Une femme, apparemment assez jeune,
était assise à l'autre extrémité du rocher.
En short, équipée d'un sac à dos bien volumineux
pour une randonneuse à l'allure sportive certes, mais d'une corpulence
somme toute assez frêle.
– Vous habitez ici ?
Pour toute réponse Julien hocha la tête, tout occupé
à observer son interlocutrice et s'accommoder de cette présence.
– Quelle chance vous avez de vivre dans un endroit pareil !
Encore une citadine, pensa-t-il, sincèrement éprise de grands
espaces et de nature, mais certainement incapable d'assumer pleinement
ses rêves. Il sentit qu'il devait faire un effort pour répondre
à ce qui était manifestement une recherche de contact, même
superficiel.
– Oui, en effet. Mais, voyez-vous, ce n'est pas toujours aussi
paradisiaque.
Il regretta aussitôt ces paroles qui pouvaient passer pour une amorce
d'épanchement.
– Je suppose que ça dépend du temps qu'il fait.
Et de l'humeur du moment. En plus, à en juger par l'état
des maisons du hameau, vous ne devez pas avoir beaucoup de voisins pour
vous tenir compagnie... ou vous casser les pieds. Selon la perspective
dans laquelle on se place.
La tournure que prenait la conversion laissait présager de la part
de la femme un désir de satisfaire une curiosité qu'il jugea
déplacée. Pour y couper court il décida de reprendre
l'initiative.
– Est-il indiscret de vous demander quel est le but de votre
randonnée ?
– Pas le moins du monde, répondit-elle en ébauchant
un sourire. Je suis partie sur un coup de cœur, à l'aventure,
en laissant à mes jambes la liberté de me conduire où
bon leur semblerait. C'est par hasard que je suis arrivée ici,
au risque de troubler la tranquillité du lieu. Et peut-être
la vôtre. J'espère que vous voudrez bien me pardonner d'avoir
interrompu ce qui semblait être une séance de méditation.
Encore une fois Julien évita de glisser vers l'intime.
– Puisque j'en suis aux questions indiscrètes permettez-moi
de m'étonner. Pourquoi un si gros sac, lourd sans doute, pour une
promenade totalement improvisée ? Mais vous aviez certainement
prévu qu'elle pourrait durer plusieurs jours...
La femme éclata de rire.
– Si je vous en donne la raison vous allez me prendre pour
une folle. Il faut d'abord vous dire que je viens de divorcer. Tout à
la joie de ma liberté retrouvée, j'ai décidé
de fêter mon anniversaire seule dans la montagne. Il y a dans mon
sac tout le nécessaire pour l'événement. Y compris
le Champagne. Voilà. Vous savez tout. Il ne me reste plus qu'à
révéler mon prénom et mon âge : Marlène,
trente-sept ans aujourd'hui.
Devant tant de spontanéité, Julien sentit s'effriter ses
défenses. Une telle confidence ne pouvait être à sens
unique. Il n'eut pas à réfléchir pour y répondre.
– Ma question était de simple curiosité mais
elle a suscité des révélations qui sont de l'ordre
de l'intime. Je me vois moralement tenu de vous suivre sur la même
voie. Et je le ferai d'autant plus volontiers que j'ai bien des points
communs avec vous. Il se trouve que votre anniversaire tombe le même
jour que le mien. Julien, cinquante ans aujourd'hui.
Un bref moment d'hésitation et les voilà face à face
la main tendue, puis la joue pour une franche accolade ponctuée
de deux « Joyeux anniversaire ! » entremêlés
et empreints d'une émotion mal contenue. Marlène, réalisant
qu'elle était encore encombrée de son sac, fit un mouvement
pour s'en débarrasser. Il esquissa un geste pour l'aider, si maladroitement
qu'ils se heurtèrent. Ils furent pris d'un fou-rire prolongé
suivi d'un silence gêné. Ce fut elle qui le rompit.
– Cet événement on pourrait le fêter ensemble.
Ce serait quand même plus gai, vous ne croyez pas ?
– Excellente idée ! s'écria-t-il,
surpris par son enthousiasme. Il ne reste plus qu'à régler
les détails de la cérémonie ! poursuivit-il
plus guilleret qu'il ne l'avait jamais été. Je vous offre
l'hospitalité et mes modestes talents de cuisinier. Vous serez
chargée de fournir le champagne.
Chacun s'activa joyeusement. Préparer la fête
c'était déjà la vivre. La table fut dressée
dehors, à l'ombre du chêne. Marlène allait de surprise
en surprise. Comment une maison pratiquement entourée de ruines
pouvait-elle être dans cet état, refaite à neuf quasiment.
Julien lui donna toutes les explications. Ce qui l'entraîna évidemment
à révéler ce qu'il avait jusque là soigneusement
caché. Et le plus étonnant, il le fit longuement, avec un
plaisir évident. Elle y fut sensible. Elle s'engagea à son
tour sur le sentier des confidences. Elle conta sa jeunesse gâchée
par un mariage trop précoce (elle avait dix-neuf ans à peine
et son mari guère plus de vingt) et une stérilité
très mal vécue par le couple. Les études, prometteuses
mais interrompues parce que le mari, trop souvent au chômage, ne
pouvait subvenir aux besoins du ménage. Puis la rupture, conflictuelle,
parfois violente. La liberté enfin, si durement conquise.
Conscient que ces évocations d'un passé
parfois douloureux avaient jeté un voile gris sur la joyeuse insouciance
du début, Julien proposa de déboucher la bouteille de Champagne
qu'on avait mise à rafraîchir dans l'eau de la source. Le
bruit du bouchon libéra les esprits. Comme on ne disposait que
d'une flûte (en plastique, mais qu'importe le flacon...) pour recevoir
le précieux breuvage, on but chacun son tour. C'était frustrant.
Alors, sans s'être concerté, on essaya de le faire ensemble.
Ce qui provoqua immanquablement une perte de liquide mais, tout aussi
inévitablement, un rapprochement des lèvres qui, oubliant
la boisson, en profitèrent pour se joindre en un baiser pour le
moins renversant.
Dès lors le temps s'accéléra, emportant tout. Le
temps de l'oubli. Oublié le passé. Oublié le soleil
radieux qui avait réussi à enchanter cette journée.
Oubliés les délicieux cèpes farcis préparés
avec amour par le maître de céans. Lorsque cœurs et
corps furent rassasiés, on en revint aux réalités
terrestres. Le soleil déclinait déjà. On se dévorait
des yeux. Le repas en souffrit. Il fut maintes fois interrompu par des
élans, des caresses, le plus souvent muets. Les mots ne vinrent
que plus tard, progressivement, conscients de leur relative inutilité.
Tout avait été dit.
Quand le lendemain matin, tard dans la matinée,
les deux amants s'éveillèrent côte à côte,
ils réalisèrent qu'ils venaient de dire adieu à cette
solitude à laquelle ils aspiraient encore quelques heures auparavant.
Leur étreinte matinale en fut changée. Ils en sortirent
plus apaisés, mutuellement reconnaissants, heureux de pouvoir enfin
croire en un avenir que, secrètement, sans se l'avouer, ils souhaitaient
commun. Julien n'eut pas à demander à Marlène de
rester. L'idée de partir ne l'avait pas effleurée. Il servit
le petit déjeuner. Elle l'aida, très discrètement,
pour ne pas donner l'impression qu'elle se comportait déjà
en maîtresse de maison.
Pendant qu'ils étaient à table, le portable de Julien sonna.
C'était Paul qui s'excusait d'avoir oublié que la veille
c'était l'anniversaire de son ami. « J'espère
que ça s'est bien passé quand même et que tu ne m'en
veux pas trop ». Julien le rassura en affirmant que ce jour-là
avait été un enchantement. A Paul qui voulait en savoir
plus, il répondit que pour l'instant c'était encore un secret
mais qu'il serait bien évidemment le premier à le connaître.
Mais pour cela il devait venir sur place où une autre surprise
l'attendait. Paul annonça son arrivée pour le lendemain.
Mise au courant, Marlène s'inquiéta. Les deux amis souhaitaient
certainement être seuls pour ces retrouvailles. Julien insista pour
qu'elle restât. Il tenait à la présenter à
son copain d'enfance. Il décela en elle une certaine réticence
qu'il mit sur le compte de la timidité. Mais peut-être, après
tout, voulait-elle empêcher une tierce personne de s'immiscer dans
leur bonheur tout neuf...
Les deux amants décidèrent de faire une randonnée
sur les crêtes (c'était bien à l'origine son intention
à elle, non ?). Tout en marchant, ivre d'espace et de passion,
il se surprit à formuler des projets d'avenir, ce qu'il avait jusque
là évité de peur de se laisser embarquer dans des
rêves d'adolescent. Il pensait que le temps était venu de
mettre un terme à sa cure de solitude. D'autant plus que, les travaux
de la maison étant terminés, il annoncerait dès le
lendemain à son ami qu'il allait la libérer. Oui, il avait
l'intention de se remettre au travail. Lequel, il ne le savait pas, mais
il était sûr d'en trouver un rapidement. « Malgré
mon âge » ajouta-t-il avec un sourire malicieux adressé
à celle qui pouvait témoigner de son ardeur intacte. Elle
l'écoutait attentive, émue de le voir si volubile, fière
de se sentir l'inspiratrice de son exaltation de collégien amoureux.
Elle partageait pleinement son euphorie et elle aurait aimé la
manifester autant que lui. Mais elle n'osait pas. Ou, plutôt, quelque
chose l'en empêchait. Quelque chose qu'elle se reprochait et qu'elle
ne pouvait confier à cet homme si manifestement fou d'elle. Il
sentit qu'elle restait un peu en retrait.
– Mais, je m'emballe comme un jeune chien fou. Que je suis
devenu depuis hier grâce à (ou à cause de) toi. Et
je te saoule de paroles et de projets que, bien sûr, je rêve
de faire tiens. Au risque de te faire peur en te donnant l'impression
de vouloir te forcer la main.
– Rassure-toi, Julien, ce n'est pas la peur qui me retient
de laisser comme toi libre cours à ma joie. Simplement une certaine
retenue naturelle. Contrairement à la première impression
que j'ai pu te donner en te révélant d'entrée ma
situation sentimentale, j'ai besoin de temps pour me confier. Sache cependant
que je suis prête à m'engager à tes côtés.
La petite ombre qui avait assombri le regard de Julien
s'estompa. La promenade se poursuivit et se termina dans une félicité
sans mélange.
Le lendemain matin, à son réveil, Julien se retrouva seul
dans son lit. Un peu inquiet, il se mit à la recherche de Marlène.
En vain. Même le sac à dos avait disparu. Affolé,
il fouilla le placard où elle avait rangé ses affaires.
Vide. Il s'apprêtait à sortir pour explorer les alentours
de la maison quand il aperçut un papier bien en évidence
sur la table. Un message, à coup sûr. « Mon amour,
je n'ai pu résister à l'appel des cimes. Je serai de retour
ce soir. Je te laisse en compagnie de ton ami ».
Un ami qui ne lui était pas inconnu. Et pour cause. C'est lui qui
l'avait envoyée « en mission » auprès
de Julien. Il l'avait recrutée par Internet de la façon
suivante : « Cherche jeune femme libre née un 22 juillet
pour lui confier une mission sentimentale excitante bien rémunérée
en cas de succès ».
Le secret n'a jamais été révélé
et les deux amants, présentement mari et femme, gardent de leur
premier anniversaire commun un souvenir ému.
Jean
Jouve, Eus, Pyrénées-Orientales
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